La masturbation féminine est-elle encore taboue ?

La masturbation féminine est-elle encore taboue ?

Les représentations culturelles, les mœurs, les discours changent. Pour autant, la masturbation féminine, longtemps diabolisée – avant d’être murée dans le silence – a-t-elle enfin pris son envol ?

Quel est le rôle du cinéma, des séries TV ou de la musique dans la démocratisation du plaisir féminin ?

À travers de nouveaux supports d’excitation (livres érotiques, pornographie en ligne) et une large gamme de sextoys, il semblerait que les normes sexuelles évoluent (enfin), libérant les femmes dans leur sexualité.

Toutefois, et particulièrement en couple, la masturbation féminine continue de gêner. Mia décortique pour vous les tabous autour de la masturbation féminine.


Vous souhaitez vous épanouir sexuellement ?
Consultez en ligne une thérapeute Mia.co

Consultez une thérapeute en ligne par téléphone, messagerie ou vidéo, 7 jours sur 7.


Quid de la masturbation féminine en 2020 ?

Comme le rapporte l’article de François Kraus (directeur du pôle Politique/Actualités à l’ifop), La masturbation féminine : la fin d’un tabou ? (Sexologies, Vol. 26 - n° 4 - p. 191-1984, Octobre – Décembre 2017), les femmes sont de plus en plus nombreuses à se masturber.

Pourtant, la masturbation féminine est encore loin d’être une pratique aussi banalisée que celle des hommes.

Premièrement, la peur de vexer leur partenaire freine certaines femmes à assumer ce pan de leur sexualité. La conjugalité peut en effet parfois remplacer toute forme de sexualité dans le couple.

On pourrait aussi penser que les femmes célibataires se masturbent plus. Or, selon un sondage Ifop (Le plaisir féminin, 2017), les femmes en couple continuent de se masturber quasiment à la même fréquence.

Ce qu'il faut retenir : la proportion des femmes qui ont des rapports satisfaisants et en quantité suffisante, se masturbent aussi. La masturbation n'est donc pas réservée aux célibataires !

Pourtant, si les femmes célibataires et en couple se masturbent, la masturbation féminine n’en reste pas moins taboue. Et même difficilement assumée chez les femmes.

Soit par peur de vexer l’autre, soit par peur d’y voir le signe d’une sexualité défaillante dans leur couple.

74% des françaises admettent s’être masturbées au moins une fois au cours de leur vie

En 2006, les femmes étaient 60% à admettre s’être masturbées au moins une fois (CSF) ; contre 42% en 1992 (ACSF) et 19% en 1970 (rapport Simon).

En l’espace de 50 ans, la masturbation féminine a donc décollée. 74% des femmes en 2017 reconnaissaient s’être livrées à la masturbation au cours de leur vie. Les mêmes sondages montrent que cette proportion augmente davantage chez les femmes que chez les hommes, sur la même période.

Toutefois, les hommes restent largement devant en matière de masturbation : 95% d’entre eux reconnaissaient la masturbation en 2017. La fréquence est elle aussi plus élevée chez les hommes : 50% des hommes se masturbaient au moins une fois par semaine contre seulement 14% des femmes.

Des chiffres intéressants, qu’il convient tout de même de mesurer ; car même si les enquêtes étaient anonymes, déclarer ce type de comportement reste encore difficile pour de nombreuses femmes.

La masturbation féminine a en effet longtemps été diabolisée et difficilement admissible – même aujourd’hui à travers une enquête chiffrée.

Pourquoi les femmes ont-elles des difficultés à admettre la masturbation ?

Toutes les enquêtes montrent les difficultés qu’ont les femmes à admettre leurs plaisirs solitaires. Comme si cela pouvait traduire une forme de sexualité compulsive.

En effet, chez beaucoup de femmes, l’image même que renvoie la masturbation est encore péjorative. Il ne s’agit pas d’une pratique « acceptable » dans une relation de couple ; et elle n’est pas non plus assumée socialement.

Tantôt assimilée à une « forme de pudeur traditionnelle », de « solitude » ou encore d’un « acte trop facile », le fait de se masturber a aussi longtemps renvoyé à l'idée de ne pas être assez « désirable » ou « attirante ».

Une femme qui se masturbait était alors au mieux une femme insatisfaite, ou bien une femme dont personne ne voulait… Et qui était par conséquent contrainte de se masturber… Donc, la masturbation féminine portait en elle quelque chose de dégradant, même au yeux de la société, et proche du déshonneur.

Bien sûr, les valeurs ont évolué et la sexualité féminine s'est fort heureusement émancipée depuis.

Pourtant, la masturbation féminine est encore taboue chez certaines femmes aujourd’hui. En effet, elle renvoie parfois à une idée non romantique de la sexualité, qui les empêche d’aborder ce plaisir solitaire –  comme si cet acte était encore honteux ou dégradant.

La moralité de l’histoire : si la majorité des femmes se masturbent bel et bien, elles sont encore peu nombreuses à l’assumer, que ce soit en couple ou socialement.

L’évolution de la perception de la masturbation féminine dans la société

Alors, comment expliquer que les femmes se masturbent davantage, malgré toutes les difficultés à assumer cette pratique ?

Selon François Kraus toujours, et dans la lignée de plusieurs autres auteur.e.s, l’évolution du champ culturel semble être en partie responsable de cette nouvelle perception de la masturbation féminine.

En effet, aujourd’hui, la masturbation féminine est enfin reconnue comme aussi légitime que la masturbation masculine : la masturbation n’est pas uniquement une affaire d’hommes.

Si l’image de la masturbation féminine a longtemps signifié de part et d’autre un pâle « substitut » de sexualité – et plus précisément de la pénétration hétérosexuelle – c’est bien que les mœurs évoluent autour du coït.

Et de plus en plus de médias, de représentations culturelles, de discours publics, mettent en effet en relief la sexualité sous un autre angle que la pénétration. Ce n’est pas l’unique source de plaisir sexuel. Et les hommes ne sont pas naturellement les mieux placés pour procurer du plaisir aux femmes.

Toutes ces fausses croyances, d’un point de vue sociologique, ont longtemps été enracinées à la sexualité des femmes. Parfois même de façon inconsciente chez les principales intéressées. Alors, la presse, certains médias, les blogs, le cinéma, la musique, les séries TV, semblent avoir joué un rôle fondamental dans ce renversement des perceptions – autant chez les hommes que chez les femmes.

Il n’est donc plus rare que la masturbation féminine soit mise en image aux yeux de tous. Grâce à l’évolution technique notamment, favorisant ainsi un bouleversement des normes sexuelles, et une amélioration de la sexualité féminine.

La banalisation des sextoys

Masturbation, auto-érotisme, onanisme : tous ces termes pour désigner le plaisir solitaire sont inévitablement en lien avec l’essor de la culture porno.

Pour le dire autrement, les françaises aussi utilisent des supports d’excitation sexuelle : sites porno, livres érotiques, jouets sexuels, etc. En 2017, 49% des femmes avouaient avoir déjà utilisé un sextoy, ce qui souligne l’essor exponentiel de ce marché.

Les représentations sexuelles ont évolué, les produits associés également. Depuis les années 2000, avec les sites de vente en ligne, puis les différentes boutiques de centre-ville, les grandes surfaces ou encore les love shops, l’accès aux produits de la sexualité devient beaucoup moins contraignant que les ruelles malfamées des sex-shop.

Outre l’essor et la banalisation des sextoys, tous les produits, jouets érotiques se sont ainsi démarqués de l’image « vulgaire » des sex-shops bon marché. L’image de la clientèle a aussi évolué, longtemps rattachée à un public masculin « pervers » et/ou célibataire.

Donc pour résumé, cet accroissement de la demande, en lien avec les changements de perception,  a participé à renouveler radicalement le style des produits de la sexualité ; s’émancipant ainsi des clichés autour du pénis, au profit d’un design plus raffiné et élégant, plus orienté pour le plaisir et les attentes féminines.

Enfin, la représentation associée au sex-toy a elle-aussi profondément changé, passant d’objets « malsains » – suppléants une sexualité défaillante ou insatisfaisante – à des moyens d’accélérer le plaisir, l’améliorer ou encore de s’entraîner sexuellement.   

Masturbation féminine : femmes célibataires vs femmes en couple

La dernière étude de l’Ifop sur le plaisir féminin a révélé que la masturbation n’était pas une pratique de femmes célibataires « en mal de partenaires » (!).

La proportion des femmes qui se masturbent au moins une fois par semaine est quasiment aussi élevée chez les femmes en couple (13% des femmes en couple contre 15% chez les célibataires).

Si une certaine forme de socialisation sexuelle pousse les femmes à n’envisager la sexualité que dans un rapport conjugal – ou au mieux voir la masturbation comme « le moyen de se perfectionner POUR le couple », – les françaises sont nombreuses à continuer la masturbation en couple, que ce soit pour remplacer leur sexualité ou en parallèle des relations sexuelles conjugales. 

On est alors en droit de se poser une question : quelles sont les femmes qui osent davantage la masturbation ?

À la lumière des résultats de l’enquête, il s’avère que ce sont les femmes les plus diplômées (2ème et 3ème cycle de d’études supérieures), les plus aisées, et occupant des postes à responsabilité, qui parviennent à s’éloigner plus facilement des normes dominantes

Inversement, la pratique de l’onanisme est moins répandue dans les milieux ruraux, populaires ou religieux. Peut-être parce que la sexualité est encore trop associée à la conjugalité dans ces milieux ; et que la masturbation est perçue comme une « infidélité ».

Pour conclure, si la masturbation féminine peut parfois pallier une absence, une insuffisance ou une insatisfaction des relations conjugales, il n’en reste pas moins qu’elle [la masturbation] est très présente chez les femmes en couple satisfaites sexuellement et qui ont des rapports fréquents.

Masturbation féminine et couple : encore taboue ?

Après tout ce que nous venions de dire, nous serions en mesure de croire que la masturbation féminine est taboue au sein du couple. Or, ce n’est pas forcément le cas.

À à la seule condition qu’elle ne soit pas mal interprétée par le ou la partenaire. Et qu’elle ne soit pas associée à la manifestation d’une défaillance ou d’un problème de sexualité dans le couple.

En fait, la masturbation féminine reste un sujet tabou dans le cercle familial, amical ou médical. Alors que les relations amicales constituent la majeure partie des relations de « confidence », les femmes abordent peu ce pan de leur sexualité avec leurs ami.e.s proches : seulement 20% des femmes en parlent entre elles.

Par contre, la masturbation semble de plus en plus assumée au sein du couple. 55% des femmes avouent à leur partenaire s’être déjà masturbées en 2017, contre 22% qui déclarent ne pas avoir osé.

Selon certain.e.s, le fait que les femmes n’osent pas révéler leur pratique de la masturbation entre elles, relève du fait que cette pratique est encore jugée comme « peu valorisante ».

Ainsi, les femmes seraient plus à même de se juger entre elles. Alors que les hommes seraient uniquement les « spectateurs » de ce phénomène. Tout simplement parce que la masturbation masculine est davantage acceptée et banalisée comme un comportement « normal ». 

Les femmes auraient donc moins de mal à évoquer la masturbation avec un homme qu’avec une femme ; du moins dans les rapports hétérosexuels. On retrouve par exemple l’idée que la masturbation féminine est un fantasme chez de nombreux hommes.

Les femmes qui ont des rapports fréquents et sont satisfaites, parlent davantage de la masturbation à leur partenaire

Toutefois, pour qu’une femme en parle au sein de son couple, elle doit se sentir rassurée. Et non avoir peur de la réaction de son (sa) partenaire, qui jugerait cet acte comme le « remplacement » d’une sexualité insatisfaisante.

Une histoire de mœurs et de perception donc. La proportion des femmes à en parler est plus élevée chez celles qui ont une activité sexuelle fréquente (76% des femmes ayant plus de 3 rapports par semaine) et satisfaisante (68% des femmes satisfaites sexuellement). 

En conclusion, la masturbation féminine reste principalement taboue chez les femmes insatisfaites de leur vie de couple, de la qualité ou de la quantité de leurs relations sexuelles.

Sans doute parce que le contexte de la sexualité conjugale, ne permet pas d’aborder ce sujet librement.

Ce qu'il faut retenir

ShortCode

Que faut-il retenir de tout ça ? Premièrement, que la recherche d’autosatisfaction n’est plus uniquement l’apanage des hommes ; fort heureusement !

Les femmes sont de plus en plus indépendantes sexuellement. Et la masturbation féminine traduit une approche plus hédoniste et autonome de leur sexualité.

On se détache progressivement d’une sexualité traditionnelle et poussiéreuse, uniquement orientée vers le plaisir masculin et la pénétration.

Donc, les comportements sexuels entre les hommes et les femmes ne sont pas identiques. Même s'ils tendent à se rapprocher et à s’uniformiser. Pourtant, la masturbation féminine est encore loin d’être une pratique aussi ordinaire que celle des hommes.

L’évoquer reste encore un sujet tabou ou gênant pour un certain nombre de femmes. Non-dits au sein du couple ou fausses croyances autour du plaisir solitaire, alimentent ce tabou.

Mais comme nous l’avons souligné, les représentations culturelles et médiatiques continuent de participer à l’émancipation sexuelle des femmes à plus large échelle.

Nous sommes donc en droit d’espérer que la masturbation féminine sera réellement acceptée socialement dans les prochaines années.

Vous souhaitez vous épanouir sexuellement ?
Consultez en ligne une thérapeute Mia.co

Consultez une thérapeute en ligne par téléphone, messagerie ou vidéo, 7 jours sur 7.

Mia.co : la plateforme de santé dédiée aux femmes

Mia.co est une plateforme de santé dédiée aux femme regroupant des praticiennes toutes diplomées en sexologie.

Elles sont encadrées par un comité scientifique composé de médecins sexologues et de professeur.e.s d’université en sexologie et de membres dirigeant.e.s d’association de sexologues.

La plateforme permet à toutes les femmes de consulter en ligne l’une des spécialistes des questions de sexualité et/ou de bien-être. La consultation en ligne peut se dérouler par 3 modes (téléphone, messagerie sécurisée ou visioconférence) et comporte tous les avantages suivants :

  • Une équipe de praticiennes spécialistes de la sexualité féminine et spécialement formées à la pratique de la téléconsultation ;
  • Une consultation de 30 min à 45 euros (les prix en cabinet varient de 80 à 100 euros) ;
  • La livraison de produits d’accompagnement en 24 ou 48H ;

Les données sont collectées et sécurisées chez un hébergeur agréé et certifié pour les données de santé au sens des dispositions de l’article L.1111-8 du code de la santé publique.